Monsieur Ronchon de sortie culturelle

Publié le par M. G.

 

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M. Ronchon et Amédée se rencontrent à l’embranchement des rues de la Lande et des Arpens,  par une belle journée ensoleillée ; ils observent de là les voitures qui montent et qui descendent…

Amédée :

- « Alors, Monsieur Ronchon, comment ça va ? Avez-vous trouvé séduisante cette soirée spectacle organisée par A.D.E. ?

- A vrai dire, mon p’tit loup, pour commencer, je trouve cet attribut bizarre pour une association de village à Adé. Avoue que ça entretient la confusion et que, par là même, ce n’est pas très judicieux.

- Mais, pourquoi pas ? Je trouve, au contraire, que c’est astucieux : A.D.E. pour Animation Diffusion Echanges. C’est comme un clin d’œil, un jeu de malin…

- Oui, mais c’est équivoque…

- Bon, si vous voulez, Monsieur Ronchon ; mais revenons à nos moutons, quel est votre impression ?

- En première partie, il y avait du RAP, non du SLAP, euh…du RAM, je crois !

- Et pan, dans le 1000 ! C’est du SLAM, Monsieur Ronchon, c’est l’art de la rime. La poésie orale urbaine, déclamée sur un rythme scandé. Un chapelet de mots et de jeux de mots, qu’on égrène de façon incantatoire !

- Ouai, ben moi, j’ai trouvé qu’il manquait de la musique autour. C’est un peu ascétique comme art ! Je préfère Jean Gabin dans « Je sais, je sais » ou Joe Dassin dans « L’été indien ».

- C’est ça, c’est un peu pareil, sauf que « Kollectif de l’homme seul », puisque c’est ainsi qu’il se nomme, possède des sujets très sérieux, en rapport avec notre société.

- Le présentateur de la soirée nous a dit que l’artiste nous entrainerait sur Mars. Ça ne m’a pas transporté au décollage, je suis désolé. Il faut dire qu’il avait une drôle de bobine, ce jeune :

  • Un bonnet
  • Un survêt
  • Mal rasé. On aurait dit : un moinillon échappé de son foyer !

- Allons, allons, Monsieur Ronchon, il faut vous ouvrir à toute la diversité de la culture. Vous auriez mieux fait de vous pencher sur ses textes, en particulier, celui de sa grand-mère, qui a déclenché, parait-il,  beaucoup d’émotion auprès des participants. Ce jeune homme, sensible et intelligent,  a ainsi fait montre de beaucoup d’humanité.

- Ouai, ben, ma grand-mère à moi, elle a du poil aux pattes et elle commence à sucrer les fraises…

- Bon, c’est pas grave, on ne vous refera pas maintenant, vous êtes un incorrigible râleur sans nuances.

- Pour moi, « kollectif » dans la langue française, prend un « C », si je ne m’abuse. A moins d’être allemand.

- Mais, c’est un effet de style, triple idiot. Vous passez à coté du principal à force de dénicher le faux.

- Je sais très bien ce que je dis, petit. Je connais l’orthographe française, MÔA, Monsieur ! Et puis, tu aurais vu son instrument. Je n’ai jamais vu ça, quelle honte ! Un simple bidon avec un manche à cordes, pour remplacer la guitare ! Tout droit sorti de la déchetterie qu’il était, le biniou !

- Non, ça, c’est une forme « ROOTS », qui signifie textuellement les « racines » ; c’est pour faire sobre, en résistance à la société de consommation d’aujourd’hui.

- « Routs » ? , moi, je dit plutôt « prout », oui. Ha ! Ha !

- Vous ne saisissez pas hélas le message sociologique, je crois. Mais c’est pas grave.

- Et oui, désolé, Amédée, ça doit être subliminal et mon cerveau est hermétique.

- RRRR

- En seconde partie, nous avons vu la Rampe Ossunoise. La rampe, c’est peut-être le serpent qui rampe ? A moins qu’il ne faille s’accrocher à la rampe, le garde-fou ?...

- Mais, non, Monsieur Ronchon, il fallait penser aux feux de la rampe ; pour parler simple : les projecteurs ! Nous sommes dans la symbolique pour dire que les artistes sont sur les planches.

- Ouai, ben, encore une fois, c’est tiré par les cheveux !

- Pas du tout, ça coule de source au contraire ! Et cette comédie musicale du voyage à Lourdes, ça vous a plu ?

- Ça vous a plu ? Ça vous a plu ? Tu n’as que ça à la bouche, mon pauvre Amédée ! Je ne vais pas au spectacle pour avaler toutes les couleuvres et sourire béatement. Il faut chercher un peu la critique, mon jeune ami. Et puis, pour ça, il faut de l’expérience et de la lucidité… que tu n’as pas !

- Je ne conteste pas votre âge respectable, Monsieur Ronchon, mais encore ?

- En fait, je suis plutôt « comédie », ou alors « musique », mais pas les deux en même temps.

- C’est pourtant la mode ces temps-ci. Vous n’avez qu’à vous rappeler les succès du roi Lion, Hair, Roméo et Juliette ou encore Starmania.

- Moi, je dirais davantage « les parapluies de Cherbourg » ou « Mary Poppins ».

- Chacun ses références…mais on m’a dit qu’ils ont chanté du Bécaud, du Ferrat. C’est quand même pas de la vulgaire variété, non ?

- Je te donne mon impression d’ensemble ; c’est mon avis. Je trouve que cette soirée était boiteuse : d’un coté, du slam… pour les jeunes, et de l’autre, une comédie musicale… pour les moins jeunes. Programmation trop éclectique, mon jeune ami ; il faudra corriger ça la prochaine fois immanquablement.

- Ne vous inquiétez pas pour A.D.E. Je crois savoir qu’ils recherchent sciemment la diversité pour toucher un public le plus large possible, c’est tout à leur honneur, et c’est un acte courageux de ne pas vouloir s’installer dans la facilité et le populisme.

- Amédée, je suis toujours étonné par ta capacité à t’enflammer dès qu’on parle de culture… ou « Kulture », si tu préfères. Hi ! Hi ! Je voudrais bien être comme toi, très positif, mais c’est contraire à ma nature profonde qui me dit toujours tout bas à l’oreille : « Ronchon, méfie-toi ! il y a de l’esbroufe. ». De toute façon, on verra bien la prochaine fois s’il y a de l’amélioration… et puis, « kollectif », ça prend un « c », nom de nom !

- Et « sale caractère », ça prend un « s », Monsieur Ronchon ! Et, toc !

 

Publié dans quotidiens

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